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Femmes.com / La Nuit Espagnole / 01.08.2008
Le musée dansant / Tout l’été, le flamenco fait vibrer le Petit Palais. La chorégraphe Dominique Rebaud a conçu un programme de performances qui entre en résonance avec l’exposition "La nuit espagnole". Elle a aussi demandé à Christian Lacroix de présenter ses créations "flamenca".       
Lorène de Bonnay
"La nuit espagnole : Flamenco" : entre culture populaire et avant-garde
FEMMES : Quelle votre représentation du flamenco, personnellement et en tant que chorégraphe ?
Dominique Rebaud : Le flamenco m’accompagne depuis toujours. C’est une source d’inspiration très forte. Petite, lorsque j’habitais à Perpignan, je prenais des cours de flamenco et j’allais à Barcelone assister à des démonstrations. Il y a une vingtaine d’années, j’ai découvert Carmen Amaya à la Cinémathèque ; je commençai alors la danse contemporaine. Ma vie durant, le flamenco a toujours reflété une certaine image de la danse – liée à l’énergie, l’investissement, la liberté.
FEMMES : Comment est né ce projet autour de l’exposition ?
Dominique Rebaud : C’est une commande de la Mairie de Paris. Le Petit Palais cherchait des artistes contemporains sensibles à des formes traditionnelles. Claude Barthélémy (musicien de free jazz) et moi travaillions déjà autour de l’idée de "partage". Lorsque nous avons reçu le dossier de presse de l’exposition "La nuit espagnole", nous étions en train de monter Noir pour "La Nuit des musées" : quelle correspondance ! Quant aux autres artistes invités – que je connais depuis longtemps – tous ont des relations personnelles avec l’Espagne. Je leur ai demandé des choses que je connaissais de leur travail et en accord avec le propos de l’exposition. Chacun est venu choisir son lieu, a travaillé librement. Quel plaisir de répondre à cela !
FEMMES : Sur quels axes avez-vous travaillé pour concevoir ce programme de performances ?
Dominique Rebaud : Le flamenco est un sujet plein de ramifications. Nous nous sommes beaucoup intéressés à un certain "état de corps" : le mélange entre des mouvements très posés et des relâchés est très riche pour un danseur. La figure du danseur seul dans le flamenco est inspirante aussi. Elle ouvre plein de possibilités. Les cultures américaine et orientale qui ont construit le flamenco nous ont également influencé : dans une des performances par exemple, une femme danse du swing et un mélange de tango et de passo. On dirait qu’elle vibre, comme un moteur. Le flamenco appelle cela el duende, la transe. Enfin, la relation entre danseurs et musiciens a ouvert de nombreuses pistes de travail. Il est si rare de pouvoir travailler avec des musiciens en direct. Un danseur contemporain a dû ainsi improviser, réagir dans le présent, à la musique d’un guitariste de flamenco !
FEMMES : De quelle façon votre création Noir revisite-t-elle l’univers du flamenco ?
Dominique Rebaud : Noir évoque ce qui apparaît et disparaît, ce qu’on devine, mais aussi la vie et la mort. Comme le flamenco. Dans mes trois solos, je me suis intéressée au tissu (car la danseuse flamenca a d’abord comme partenaire sa robe), à une émotion (l’idée de la colère contre soi est très présente dans le flamenco) et au lien spécial noué entre danseur et musicien (j’ai voulu être assise sur une chaise, comme le guitariste, et jouer avec le tissu comme d’un instrument). Par ailleurs, j’ai voulu rendre hommage à l’histoire de la danse, à Martin Graham, afin de montrer que je m’inscris dans plusieurs filiations : celle du flamenco mais aussi celle d’un maître.
FEMMES : Que retirez-vous de cette expérience (danser au Petit Palais autour d’une exposition) ?
Dominique Rebaud : La danse a tout à faire dans les musées. Elle s’inscrit dans de multiples espaces, hors des théâtres à l’italienne. La preuve, les visiteurs sont ravis de cheminer à leur guise entre les robes de Christian Lacroix, l’exposition temporaire et les spectacles gratuits dans le jardin ! La réflexion autour des lieux où danser avance.
FEMMES : La danse vous paraît-elle "populaire" ?
Dominique Rebaud : Entrer dans la danse contemporaine n’est pas simple, mais on n’a plus à persuader les gens comme il y a vingt ans. La question du "populaire" m’intéresse : je travaille beaucoup sur les bals, les carnavals, la rue. Récemment, j’ai constaté auprès de communautés tchadiennes et maliennes que la langue se perdait, mais pas la danse. La danse est un lieu important de la société et de chaque être humain. Elle n’est pas un divertissement, elle possède une gravité. Le flamenco le dit fort bien.
FEMMES : Quels sont vos projets ?
Dominique Rebaud : Le 28 septembre, nous organisons à Bagneux (notre lieu actuel de résidence) une grande chorégraphie déambulatoire pour 200 personnes : Dansons a été créée à partir d’une collecte de danses diverses (de la banlieue, des marins de Dieppe etc) et réunira amateurs et professionnels. La performance Noir sera également présentée en septembre aux Escales Improbables de Montréal – un festival qui se demande comment les formes artistiques vont à la rencontre des gens…